dimanche 15 août 2010

Saint-Ursanne, Eglise Saint-Pierre, Saint-Blaise, Musée Lapidaire


L'EGLISE SAINT-PIERRE
OU
EGLISE SAINT-BLAISE
A SAINT-URSANNE


ARCHEOLOGIE SUISSE, 10, 1987, 2, page 91.
BAUDRY Marie-Thérèse (sous la direction de), Atlas archéologique de la France, NAISSANCE DES ARTS CHRETIENS, Imprimerie Nationale, Ministère de la Culture et de la Communication.
CHAPATTE Marcel, Saint-Ursanne au bord du Doubs, Genève 1956.
CHARMILLOT Charles-Ignace, Journal de la restauration de l'église collégiale de Saint-Ursanne, 1904, ms.
ERLANDE-BRANDENBURG Alain, Qu'est-ce qu'une église, Gallimard, 2010.
LAPAIRE Claude, Les constructions religieuses de Saint-Ursanne et leur relation avec les monuments voisins. VIIe-XIIIe siècle, Porrentruy, 1960.
LAPAIRE Claude, Etude sur un projet de conservation de la Collégiale de Saint-Ursanne, ms., 27 août 1962.
ROSSI, photographie à la cure de Saint-Ursanne, 1898.
SENNHAUSER Hans-Rudolf, Saint-Ursanne. Archeologische Untersuchung der Kirche St.-Pierre in Archéologie suisse, 10, 1987, 2, page 91-96.
COLLECTIF (sous la dir. de Bernard PRONGUE, LE MUSEE LAPIDAIRE DE SAINT-URSANNE, Office du patrimoine historique, Porrentruy, 1982.

Lors de mon séjour à Saint-Ursanne, lorsque j'y étais curé, je me souviens d'une photographie, épinglée dans le couloir du deuxième étage de la cure catholique, et représentant le cloître transformé en misérable cimetière, au nord duquel s'élevait une remise humide, accolée au flanc de la montagne. Cette représentation était de Rossi (1898), artiste en photographie, et dont le studio était établi à Saint-Ursanne.


Photo ROSSI 1898

Aujourd'hui

Personne, aujourd'hui, ne croirait que cette "remise au fond du cimetière" fut la première église de Saint-Ursanne et qu'elle le fut plusieurs siècles durant, au point que peut-être saint Ursanne y fut enseveli, avec plusieurs moines ou insignes fidèles de sa suite qui choisirent la proximité du tombeau du saint pour en faire leur dernière demeure.
Cette église était dédiée à saint PIerre : c'était, en effet, un des signes de rattachement à l'église universelle que de consacrer une église conventuelle au vocable de celui à qui les clés de l'Eglise était confiées. Par la suite, les chanoines installés. on construisit une collégiale plus prestigieuse et l'humble église des religieux devint église paroissiale sous le vocable de saint Blaise jusqu'en 1793

L'Eglise Saint-Pierre
Sous la direction du professeur SENNHAUSER, entre 1964 et 1974, "les vestiges de l'église et des constructions précédentes, de même que les sépultures correspondantes, ont fait l'objet d'investigations archéologiques".
Ce n'était certes pas les premiers examens effectués. Déjà, l'architecte Emmanuel PROPER, de Bohème, mais naturalisé suisse et bourgeois de Saint-Ursanne, membre de la commission des Monuments historiques du canton de Berne, avait consigné des notes lors de la restauration de la collégiale en 1904 et, des trois sarcophages situés dans le cloître, en avait prélevé un pour le Musée d'Art et d'Histoire de Berne. Le docteur h.c. Alban GERSTER, pendant des décennies, avait apporté notes et documents pour l'Office des  Monuments historiques.



Les travaux de 1904 avaient été suivis par le curé-doyen CHARMILLOT de Saint-Ursanne, qui, chaque jour, consignait des remarques dans ce qui est devenu le "Journal de restauration de l'église collégiale de Saint-Ursanne", journal non publié, mais qui nous reste à l'état de manuscrit.
Enfin, Claude LAPAIRE documenta sa thèse "Les constructions religieuses de Saint-Ursanne et leurs relations avec les monuments voisins, du VIIe au XIIIe siècle"  par des sondages et examens du sol.

Les travaux de 1964
Suite à des opérations de drainage, l'est et le mur sud du bâtiment permirent de découvrir d'autres sarcophages et des fondations de murs préexistants.  "Il a été trouvé, à cet emplacement, le plus grand ensemble de sarcophages monolythiques (et le mieux conservé) du Bas Moyen-Age en Suisse".  (professeur Hans-Rudolf SENNHAUSER).



Une cinquantaine de sarcophages, dont plusieurs sont visibles in situ, ont été mis à jour. "Il semble que Saint-Pierre ait été l'église funéraire des moines de Saint-Ursanne durant la seconde moitié du VIIe siècle et jusqu'au VIIIe siècle". 


Un travail qui mérite la reconnaissance publique
Il s'agissait, par les travaux entrepris de vaincre plus d'une difficulté. Le terrain était à un point humide et limoneux que les outils collaient aux mains des ouvriers. Sans cesse, des résurgence d'eaux de ruissellement devaient être pompées, puis des installations de drainage devaient être installées. 
Administrativement, le terrain à explorer appartenait à plusieurs propriétaires. Le manque de moyens  imposait la mendicité auprès de particuliers ou auprès d'Institutions, comme le Fonds national suisse de Recherches scientifiques. 
Les recherches, toujours en main d'une même direction, devaient composer avec des équipes variées de fouilleurs, pas toujours professionnels. Enfin, aux problèmes matériels, juridiques et financiers s'ajoutait la complexité du site : les fondations du mur d'enceinte de la ville coïncidaient avec les différents murs du bâtiment d'église, eux-mêmes soumis à la poussée de la colline voisine. Dans ces conditions, le chantier devenait dangereux et l'évacuation des déblais de fouille devenait périlleux !

Quelles conclusions en tirer
L'église est une construction rectangulaire, à large choeur. Les fondations d'une abside ont été découvertes : on peut donc supposer une première église (vers 630), puis une seconde par agrandissement, vers 700.
Les sarcophages sont tous orientés vers l'est, à trois exceptions près. Peut-on imaginer que ces défunts sont en attente d'un nouveau "Soleil levant", d'un "nouveau Jour"
Au centre, un espace libre laisse comprendre qu'on a déjà fouillé cet endroit. Peut-être, pour des ensevelissements successifs ? Peut-être, à la recherche d'ossements du saint local, pour une éventuelle translation des reliques à la crypte, et enfin sous l'autel collégiale ? Le récent livre de Alain ERLANDE-BRANDENBURG, permettrait cette dernière hypothèse.
Les ossuaires (N°33) sont de plus petits caissons en pierre qui, lors d'ensevelissements subséquents, recueillirent les ossements retrouvés et furent destinés à être déposés respectueusement au choeur. Plus tard, ces restes humains étaient déposés dans des chapelles ossuaires dites Beinhauskapellen.
Ces tombes sont-elles vides ? Des ossements, certes, ont été retrouvés. Mais à ma connaissance, ils sont restés sans études particulières. Un anneau en argent provenant du sarcophage 47, du VIIe siècle, a été découvert au doigt d'un squelette.



Les caractérisques ornementales de cet anneau sont , paraît-il, caractéristiques du VIIème siècle.

Les niveaux de profondeur d'enterrements des sarcophages se distinguent en trois groupes d'enfouissement.



Tous les sarcophages sont trapézoïdaux plus étroits à l'emplacement des pieds du cadavre  et certains sacrophages sont sommairement ornementés : on distingue, en effet, de grossières stries sur certains d'entre eux. Les couvercles ont une forme bombée, tandis que l'actuel sarcophage, dit de saint Ursanne, sous l'autel majeur de la collégiale, possède un couvercle "en bâtière".
La croix pattée, à l'entrée de l'église Saint-Pierre, est vraisemblablement une tête de sarcophage du VIIe siècle montée en linteau de porte. 

  

La vocation d'un Musée lapidaire




Suite aux travaux de reconstruction de l'église Saint Pierre, qui, en 1898 avait été démolie jusqu'à hauteur du toit du cloître et remplacée par un misérable dépôt, les autorités cantonales firent de cet espace un  Musée lapidaire. Le professeur Claude LAPAIRE, en avait eu l'idée  en 1962, dans son "Etude préliminaire sur un projet de conservation de la Collégiale de Saint Ursanne". La présence de fragments de piliers d'angle, retrouvés au choeur de l'église et la niche murale, incitèrent les conservateurs à entreposer les pierres découvertes : meneaux, clés de voûtes, chapiteaux, dalles funéraires. La plupart des sarcophages sont laissés en place et sont visibles grâce à l'aménagement d'un sol grillagé. On y  trouve  aussi une borne qui délimitait les terres de l'abbaye de Bellelay, une girouette en forme de coq de clocher  et une croix de l'ermitage avec une  très fine sculpture représentant le mystère douloureux de l'Agonie du Christ au jardin des Oliviers. L'original de la statue de saint Jean Népomucène, de 1731, provient du pont saint Jean sur le Doubs. La statue est taillée dans du grès d'Alsace. Sur le mur sud, un décrochement de la muraille permet de distinguer les anciennes murailles de l'oeuvre de reconstruction des restaurateurs.

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