vendredi 3 septembre 2010

Saint-Ursanne, marques, taille, layage, pierre






LES MARQUES DE TÂCHERONS
ET LA TAILLE DES BLOCS
A LA COLLEGIALE DE
SAINT-URSANNE




COURVOISIER J. Les monuments d’art et d’histoire du canton de Neuchâtel, Bâle, 1955, p.428
FRIEDERICH Karl, Die Steinbearbeitung in ihrer Entwicklung von 11. bis zum 18. Jahrhundert, Augsburg, 1932 (réimpression Ulm,1988),  livre de référence sur la taille des blocs.
LAPAIRE (Claude), Les constructions religieuses de Saint-Ursanne et leurs relations avec les monuments voisins, Imprimerie le Jura S.A. Porrentruy, 1960.
MORIN SAUVADE (Hélène). FLEISCHHAUER (Carsten), SENANQUE,Ed. Zodiaque, 2002.
WIEMER Wolfgang, Die Baugesschichte und Banhütte der Ebracher Abteikirche 1200-1285, Kallmünz, 1958 (dissertation de référence sur les marques de tâcherons).

Selon Claude LAPAIRE, la collégiale aurait été construite en trois étapes.
Tout d’abord, les chanoines construisirent la collégiale romane sur les ruines de l’abbatiale du XIe siècle. Ils commencèrent leurs travaux par l’abside polygonale, bâtie sur la crypte de même forme. Les deux portails latéraux sont de cette époque.

Dans un deuxième temps, après avoir démoli le chœur primitif sur lequel venait butter la nouvelle construction, il firent une première extension, jusqu’à la séparation du chœur d’avec la nef, mur où l’on remarque un léger décrochement. 






Ensuite, la nef fut allongée en cinq travées, dans le prolongement du chevet. Un clocher-porche devait terminer la construction de la collégiale.

D’où provenait la pierre ?
Selon les spécialistes, la pierre employée est du calcaire corallien blanc. « Cette pierre est très résistante et facile à travailler. Tendre et blanche à l’extraction, elle se durcit au contact de l’air et prend avec le temps une patine jaune-brun. Le corallien blanc affleure à Saint-Ursanne, dans la région de l’actuel viaduc, sur la route de Montmelon, en face des carrières de chaux » (LAPAIRE, p.56).

A l’examen des blocs employés, on remarque des blocs de 20 centimètres de largeur, autant de hauteur et 30 centimètres de longueur. Le layage de la matière ou le travail à la laie (marteau à deux têtes, dentelé), est soigneusement effectué. On distingue encore la marque du marteau sur les plus jeunes blocs de pierre. Aujourd’hui, peu de murs intacts subsistent ; les réfections répétées ont effacé les traces d’ appareillage des blocs, posés à joints vifs.




LAPAIRE a opéré des sondages dans les combles des collatéraux ; ces examens ont permis de se rendre compte de la structure des murs romans : « Entre deux parements de pierres de taille, on découvre un blocage fait de moellons à peine ébousinés et de galets de rivière jaunâtres, liés par un mortier très blanc » (LAPAIRE p.57).

Les soubassements romans sont plus massifs.
Au chevet on constate de gros blocs de calcaires kimméridgien de 50 centimètres sur 70. Mais c’est du calcaire bleu  disposé lors de postérieures restaurations.


La taille des blocs de pierre
La carrière utilisée pour la construction de la collégiale n’était situé qu’à une encablure du chantier. Il restait aux bâtisseurs, le soin d’organiser le chantier et le transport des pierres.
Le soin apporté à la taille est plus important dans la  première phase de la construction.
Il faudrait étudier les différentes techniques de la taille en relevant les différents  motifs résultants : au pic, en taille croisée ou en chevrons.

Les marques des tâcherons
LAPAIRE a su relever une quinzaine de marques ou signes lapidaires. Ce sont, selon Gunther BINDING, professeur à Bonn, des « marques géométriques sur des pierres naturelles taillées, inscrites par le tailleur comme signes distinctifs ». La présence ou non de ces marques permet de distinguer deux catégories de tâcherons : ceux qui signent, sont des maîtres faisant partie de la loge des ouvriers qualifiés et qu’on retrouve dans différents chantiers ; ceux qui ne signent pas sont des manouvriers des premiers, soit  des frères convers qui travaillent de toute manière pour le couvent, soit des serfs qui accomplissent la corvée que tout assujetti devait fournir annuellement pour son maître.
STÜKELBERG retrouve à Bâle certain signes que LAPAIRE a colligés à Saint-Ursanne ; de même, COURVOISIER fait le parallèle entre Saint-Ursanne et Neuchâtel. Il s’agit d’un 
« cœur »(BS ; Fr en B. ; S-U), un « V » (BS ; NE ; S.-U), un « P » en position horizontale, (BS ;  Fr en B. ; S.-U), enfin « une étoile à cinq branches » ( S.-U ; NE ).



Pourquoi ces marques ?
Ce ne sont pas des marques de pose. Car, même les pierres les plus simples en sont pourvues.
Ce ne sont pas des pierres qui portent un sens mystique. Les tâcherons sont souvent des gens illettrés qui ne s’embarrassent pas de signes cabalistiques !

Les tâcherons accusaient réception de leur paie par une signature qui était celle apposée sur la pierre qu’ils avaient taillée : donc, la marque est une attestation de rémunération pour le travail accompli !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire